[TEST] : Detroit: Become Human – Quantic Dream Ă  son meilleur ! đź¤–

En mĂ©tamorphosant le genre du jeu narratif au fil de ses projets ambitieux, le studio Quantic Dream, menĂ© d’une main de maĂ®tre par David Cage, a surtout su profondĂ©ment changer, en un peu plus de 20 ans, le regard du grand public sur l’industrie vidĂ©oludique.
En tĂ©moignent les participations d’Ellen Page et Willem Dafoe au sein de l’atypique Beyond: Two Souls, la frontière entre cinĂ©ma et jeux vidĂ©o n’a jamais Ă©tĂ© aussi mince que dans les diffĂ©rentes Ĺ“uvres de l’entreprise parisienne, aussi bien de par la prĂ©sence d’acteurs reconnus du mĂ©tier que dans la manière d’aborder de façon intimiste des scĂ©narios forts, ambitieux et rĂ©solument troublant.
Sortie en mai dernier, Detroit: Become Human ne dĂ©roge pas Ă  cette règle. En mettant en scène des androĂŻdes ressentant des Ă©motions, il nous amène Ă  questionner notre propre humanitĂ© et Ă  explorer un avenir qui pourrait bien devenir le nĂ´tre. Lançons-nous Ă  la dĂ©couverte de l’un des titres les plus fascinants de cette annĂ©e 2018.

Est-ce qu’Ă  un moment une machine ne peut plus vraiment ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme telle ? Y a-t-il une limite Ă  franchir pour qu’elle puisse devenir consciente et finalement ressentir ses propres Ă©motions ?
En 2038, Detroit est le théâtre d’une profonde mutation sociĂ©tale. En effet, c’est au sein de la cĂ©lèbre ville amĂ©ricaine que la mise en production de masses d’une nouvelle forme d’androĂŻdes a lieu. N’ayant aucun autre but que celui de prĂŞter main-forte aux ĂŞtres humains dans les tâches les plus difficiles du quotidien, ses machines, particulièrement Ă©voluĂ©es, s’apprĂŞtent Ă  envahir le marchĂ© mondial sous le regard anxieux d’une population sĂ©duite, mais Ă©galement terrifiĂ©e d’assister Ă  une Ă©volution qui transformera Ă  jamais la sociĂ©tĂ© dans laquelle elle vit.

Au sein de cette immense transition technologique, Kara, Markus et Connor font justement partie des créations de la société CyberLife.
Si la première est une noble servante ayant pour mission d’entretenir une maison de banlieue dans laquelle vivent un père divorcĂ© et sa jeune fille, le second, quant Ă  lui, est en charge d’un vieil artiste en situation de handicap ayant une relation tumultueuse avec son fils.
Enfin, le dernier est un inspecteur de police devant superviser une lourde affaire impliquant des androïdes qui deviennent tous uns à uns déviants de leur programmation originelle.
Si ses trois individus n’avaient aucune chance de se croiser, le destin pourrait bien en dĂ©cider autrement… mais cela dĂ©pendra avant tout de vos choix.

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La banlieue de Detroit, en 2038, ravagée par le chômage et la précarité de ses habitants.

Cette action aura des conséquences.

Depuis Fahreinheit, l’une des composantes essentielles des Ĺ“uvres de Quantic Dream repose sur un système de choix ayant pour but d’influer sur l’Ă©volution de l’aventure du joueur. Chaque dĂ©cision est ainsi Ă  prendre avec prĂ©caution sous peine de se retrouver avec une fin bien loin de celle que l’on aurait pu espĂ©rer.
C’est dans ce concept simple que repose tout l’art des titres du studio. CrĂ©er une implication Ă©motionnelle avec la personne se trouvant devant son Ă©cran en lui permettant de changer drastiquement le destin des diffĂ©rents personnages qu’elle pourra croiser durant sa partie.

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Connor (Bryan Dechart), l’enquĂŞteur robotisĂ© par lequel tout commence.

Dans le genre, Detroit: Become Human est un vĂ©ritable modèle Ă  suivre. Quiconque se lancera dans le rĂ©cit aura la possibilitĂ© de dĂ©couvrir une histoire diffĂ©rente de celle de son voisin. Tout y est modifiable Ă  volontĂ© et la destinĂ©e des diffĂ©rents protagonistes n’a jamais Ă©tĂ© aussi instable dans une oeuvre vidĂ©oludique. Absolument tout peut arriver dans ce rĂ©cit dĂ©coupĂ© en une trentaine de chapitres, y compris la mort de nos hĂ©ros jouables. Si cela se produit, l’accès aux chapitres liĂ©s Ă  la victime disparaĂ®t et certains gros pans du jeu deviennent alors inaccessibles. Seule solution pour modifier cela, recommencer la section, chacune Ă©tant parcourable Ă  volontĂ©, pour retenter votre chance. Vous voilĂ  dĂ©sormais prĂ©venu…
Par ailleurs, les dĂ©veloppeurs ont profitĂ© de cette possibilitĂ© pour inclure un système d’arborescence, visible Ă  chaque fin de segments, vous permettant de dĂ©couvrir le nombre de chemins qu’il Ă©tait possible d’emprunter en fonction des dĂ©cisions effectuĂ©es.

ÉlĂ©ment dĂ©terminant dans un titre du genre, le scĂ©nario se montre ici très efficace en se permettant une diversitĂ© de situations des plus apprĂ©ciables. S’il est possible de regretter une certaine inĂ©galitĂ© entre les diffĂ©rentes sous-intrigues de nos trois androĂŻdes et un classicisme ambiant par rapport Ă  la thĂ©matique abordĂ©e, force est de constater, grâce Ă  la prĂ©sence notable d’un univers dense et cohĂ©rent, que l’ensemble tient la route et rĂ©ussit amplement sa mission, celle de nous questionner sur une technologie aujourd’hui Ă  porter de main tout en y insufflant de nombreux messages politiques d’importance et des questions Ă©thiques graves, le jeu n’hĂ©sitant jamais Ă  aborder les horreurs finissant par naĂ®tre du racisme, de la haine, du sexisme et de l’intolĂ©rance.
Pour l’anecdote, 5.000 pages de scripts ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour conter cette fable futuriste, dĂ©routante, aux thĂ©matiques qui ne laissent pas indiffĂ©rentes.

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L’androĂŻde Connor a la possibilitĂ© d’entrevoir avec prĂ©cision le dĂ©roulement d’une scène de crime grâce aux diffĂ©rents indices trouvables sur les lieux.
Cette capacitĂ© sera d’une grande aide pour rĂ©soudre sa longue enquĂŞte.

Pour agrĂ©menter son scĂ©nario, le titre fait Ă©galement appel Ă  un jeu de collecte amusant. Tout au long du voyage, il est ainsi possible de rĂ©colter 111 magazines, dissĂ©minĂ©s Ă  chaque recoin de l’aventure, ayant pour but d’agrĂ©menter cet univers dĂ©jĂ  consistant.
On y retrouve des articles sensés, cohérents et bien écrits sur cette société ultra-technologique et pourtant si contemporaine dans laquelle évoluent les nombreux habitants de Detroit. Une option originale pour nous immerger encore plus dans le titre qui nous révèle ses moult-mystères au fil de ses sujets variés.

Contemplatif…

N’ayant pas les contraintes d’un jeu en monde ouvert, Detroit: Become Human jouit d’une rĂ©alisation absolument Ă©patante.
Si la mise en scène donne lieu Ă  des sĂ©quences somptueuses, le montage est Ă©galement efficace, tout comme les plans de camĂ©ra (29.200 ont Ă©tĂ© produit pour donner vie au projet), tandis que les jeux de lumière viennent parfaire l’ensemble avec une justesse fabuleuse. Autant dire qu’il est difficile de ne pas tarir d’Ă©loge face Ă  une crĂ©ation, exclusivement disponible sur PlayStation 4, qui rĂ©utilise Ă  sa manière le meilleur des codes cinĂ©matographiques tout au long d’une histoire qui se parcourt en une quinzaine d’heures selon les dĂ©cisions que vous pourrez prendre.

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Markus (Jesse Williams), ancien androïde majordome devenant leader de la révolution.

Graphiquement, il se montre visuellement épatant grâce à une direction artistique soignée, des décors variés, et parfois même surprenants, mais aussi et surtout une modélisation des personnages exemplaires encore rarement égalées sur nos machines actuelles.
Concernant les petits détails techniques, le jeu tourne en 1080p/30fps sur une PS4 classique et 4K/30fps sur PS4 Pro avec un support notable du HDR.

Un enrobage sonore enivrant.

Pour incarner les diffĂ©rents protagonistes de son titre grâce Ă  la performance capture, Quantic Dream a fait appel Ă  quelques tĂŞtes connues. On retrouve ainsi Jesse Williams (Grey’s Anatomy, Le Majordome) dans le rĂ´le de Markus, Valorie Curry (Blair Witch, Twilight – Chapitre 5) dans celui de Kara et enfin Bryan Dechart (As Good As You) qui prĂŞte ses traits Ă  Connor. Clancy Brown, Evan Parke, Lance Henriksen et Minka Kelly viennent complĂ©ter cette distribution dans des rĂ´les plus secondaires qui n’en reste pas moins capitale pour le bon dĂ©roulĂ© de l’intrigue.
Ă€ noter qu’un doublage intĂ©gralement en français, assurĂ© par les voix de Donald Reignoux, MaĂŻa Michaux ou encore RĂ©mi Caillebot, est disponible et donne lieu Ă  une adaptation de très bonne facture.

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Les diffĂ©rents personnages secondaires rencontrĂ©s tout au long de l’aventure se montrent souvent particulièrement attachants. Carl (Lance Henriksen), ici-prĂ©sent, est le peintre propriĂ©taire de Markus.

Autre gros point fort de cette crĂ©ation francophone, la prĂ©sence d’une bande-son tout bonnement magistrale. Habituellement peu marquante dans les diffĂ©rents projets du studio, la musique est ici une composante essentielle de l’intrigue tant elle l’accompagne avec une aura particulière. La musique a Ă©tĂ© orchestrĂ©e par trois compositeurs diffĂ©rents. Philip Sheppard s’est ainsi occupĂ© des sonoritĂ©s qui entoure Kara, Nima Fakhrara a sublimĂ© l’enquĂŞte de Connor, tandis que les compositions de John Paesano viennent rythmer la rĂ©volution de Markus. Chaque androĂŻde bĂ©nĂ©ficie ainsi de sa propre ambiance sonore qui Ă©volue au fil des situations et le soin apportĂ© sur ce point est particulièrement apprĂ©ciable.

Des embranchement multiples au service d’une rejouabilitĂ© astronomique.

Au final, ce Detroit: Become Human souffre de la mĂŞme problĂ©matique que ses prĂ©dĂ©cesseurs, l’absence vĂ©ritable d’un gameplay. Si une volontĂ© de changement est prĂ©sente sur ce point, le rĂ©sultat n’est pas encore Ă  la hauteur des espĂ©rances.
On peut Ă©galement regretter le cĂ´tĂ© très linĂ©aire de certains chapitres tandis qu’une flopĂ©e de choix peuvent parfois donner lieu Ă  de grands moments de frustration, certaines fins offertes se montrant particulièrement dĂ©cevantes. Il ne s’agit finalement que de dĂ©fauts inhĂ©rents au genre qui, espĂ©rons-le, finiront par s’estomper dans de futures crĂ©ations.

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La relation mère-fille se crĂ©ant entre l’androĂŻde Kara (Valorie Curry) et la jeune Alice (Audrey Boustani) est sans conteste l’intrigue la plus touchante du jeu.

Enfin, avec un nombre de ramifications ahurissant, Detroit: Become Human Ă©cope d’une rejouabilitĂ© absolument gargantuesque pour quiconque souhaiterait se lancer Ă  la dĂ©couverte de toutes ces possibilitĂ©s scĂ©naristiques. Ă€ cela, il faut ajouter les 49 trophĂ©es PSN disponibles et on obtient dĂ©finitivement de quoi s’occuper durant de longues heures pour peu que l’on soit un brin complĂ©tiste dans l’âme. Dès lors, il est impensable de ne pas vous conseiller de jouer Ă  cette oeuvre si ce n’est pas encore dĂ©jĂ  fait. Il est assurĂ©ment l’un des incontournables du catalogue de la PS4 et l’un de mes plus gros coups de cĹ“ur de cette annĂ©e 2018.

EN BREF : Annoncé en 2015 lors de la Paris Games Week, Detroit: Become Human ne révolutionne en rien la formule instaurée par Quantic Dream en 2005 sur Fahrenheit. Néanmoins, il la bonifie grandement en se plaçant comme le titre le plus abouti du studio. Peut-on parler de projet de la maturité ? Peut-être bien tant il allie avec brio narration, réalisation et émotion.
Cependant, si vous ĂŞtes rĂ©fractaire au genre, il n’est guère imaginable que ce dernier vous rĂ©concilie avec celui-ci, son gameplay reposant, comme Ă  l’accoutumĂ©e, sur quelques QTE et autres dialogues Ă  choix multiples qui, cette fois-ci, influeront considĂ©rablement sur la destinĂ©e de vos androĂŻdes.

Pour peu que l’on accepte de se laisser porter par son rĂ©cit et son ambiance prodigieuse, Detroit: Become Human est un inratable dans le paysage vidĂ©oludique de cette annĂ©e 2018 tant il marque profondĂ©ment et nous questionne brillamment sur notre potentiel avenir. Beau Ă  en tomber Ă  chaque nouveau plan, il se pare Ă©galement d’une bande-son grandiose et d’une direction d’acteur Ă©patante.
Avec cette production, la PlayStation 4 impose une nouvelle fois sa loi par le biais d’une exclusivitĂ© de choix qui s’ajoute Ă  un catalogue dĂ©jĂ  bien fourni. Merci Quantic Dream pour ce moment.

DETROIT: BECOME HUMAN EN CHIFFRES (ET EN LETTRES) :Detroit Become Human - Boîte PS4

  • Genre : A.I. Intelligence artificielle
  • Sortie le : 25 mai 2018
  • Disponible sur : PS4
  • DĂ©veloppeur : Quantic Dream
  • Éditeur : Sony Interactive Entertainment
  • Prix : 69,99€
  • Des centaines de possibilitĂ©s
  • 111 modèles Ă  collectionner
  • 46 magazines Ă  retrouver
  • 32 chapitres Ă  parcourir
  • 13 musiques Ă  dĂ©bloquer
  • 11 vidĂ©os Ă  acquĂ©rir
  • 3 androĂŻdes Ă  dĂ©couvrir
  • 49 trophĂ©es PSN
  • Temps de jeu personnel : 13h47
MERCI À PLAYSTATION FRANCE DE M’AVOIR PERMIS DE RÉALISER CE TEST.
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