[CRITIQUE] : Désenchantée sur Netflix – Tout est chaos, à côté ! 🏰

Après nous avoir conté les mésaventures du présent dans Les Simpson et fait découvrir le futur dans Futurama, Matt Groening nous entraîne cette fois-ci dans une suite logique, le passé avec Désenchantée. Entre fantaisie, féerie, humour noir et fable politique, cette nouvelle création animée détonne autant qu’elle étonne pour un résultat final qui ne peut guère laisser indifférent les fans du genre.

Oyez, oyez, braves gens, gentes damoiselles et gents damoiseaux… En ce brûlant été 2018, Désenchantée constitue un événement dans l’univers des séries télévisées. La raison ? Elle est bien simple, puisqu’il s’agit tout simplement de la première création originale de Matt Groening depuis Futurama qui avait été lancée sur FOX en 1999. Eh oui, c’était il y a presque 20 ans.
Signe d’un changement d’époque, cette nouvelle production n’est pas diffusée sur la célèbre chaîne américaine, fidèle collaboratrice du créateur, mais bien sur Netflix.
La plateforme de SVOD, devenue incontournable dans l’industrie, s’est en effet offert, en janvier 2016, les services de l’artiste en lui offrant carte blanche pour donner vie à un projet inédit.

Retour vers le passé

Adieux les ruelles colorées de Springfield et au diable la mégalopole ultra-connectée de New-New-York. Dans Désenchantée, l’action prend place à Dreamland, une contrée aussi magique que déroutante où cohabitent, dans une harmonie précaire, êtres humains inquiétants, elfes hédonistes, prostitufées, animaux parlants et magiciens fous à lier.
Au sein de ce monde atypique, la narration se concentre sur le destin de Bean, la fille du roi Zøg, un homme bourru et tyrannique qui ne laisse transparaître aucun signe d’affection derrière sa moustache et sa bedaine abondante. Contrainte par son paternel à devoir se marier, la jeune femme, alcoolique notoire et aventurière dans l’âme, se retrouve affublée de Luci, un mini-démon à l’allure de chat, à la suite d’un sort lui ayant été jeté durant les préparatifs de l’événement.
Fuyant la cérémonie, elle finira par croiser sur sa route un autre petit bonhomme, Elfo, qui, comme son nom l’indique, est un elfe souhaitant voir du pays tout en s’échappant du bonheur factice et écœurant qui règne dans sa patrie, Elfwood.
Une joyeuse bande qui, une fois réuni, va en voir de toutes les couleurs…

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Nos trois protagonistes accomplissant l’une de leur activité favorite : la picole.
« Les fêtes sont des outils servant à acheter la paix sociale qui conduiront au pourrissement et à l’effondrement de la civilisation… allez, on tape dans nos mains »

Simpson of Thrones

Mélangeant les esthétiques et les ambiances, l’univers dans lequel évoluent nos trois compères est d’une originalité sans failles.
Dès les premières secondes, il est donc difficile de ne pas être charmé par l’entrée de Matt Groening dans le genre de l’heroic fantasy tant les contrées de Dreamland regorgent d’idées nouvelles à chaque séquence.
Malheureusement, il est difficile de ne pas reprocher au programme une certaine paresse dans la globalité des animations qui auraient largement mérité un peu plus d’attention. Loin d’être laid pour autant, pour peu que l’on soit sensible au trait habituel de Matt Groening, il s’offre une technique finalement correcte, mais bien en deçà de ce qui fut remarquablement effectué sur Futurama il y a pourtant deux décennies de cela.

Partie intégrante des deux précédentes créations de son auteur, les thématiques de société sont également légions dans Désenchantée. Du racisme au manque de confiance en soi, en passant par l’abus de pouvoir et la difficulté du deuil, elle n’hésite pas à aborder, avec plus ou moins de finesse, d’innombrables sujets tout en mettant en scène une femme forte et indépendante qui n’a aucune autre envie que de suivre son propre destin.
À l’heure où les héroïnes principales se font encore rares dans le secteur de l’animation pour adultes, accordons-nous pour dire que c’est un très bon point.

« En cas de problème de feu, il faut toujours laisser Luci faire. »

Ce qui fait la différence par rapport à ses précédentes créations, c’est le besoin qu’à Matt Groening de narrer une véritable histoire avec Désenchantée. Exit les épisodes indépendants des uns des autres, ici, un fil conducteur lie entre eux les différents chapitres. Il en résulte une intrigue assez classique dans son ensemble, mais diablement efficace dans son exécution.
En revanche, si par ce format, ils n’en deviennent que plus attachants, il est fort regrettable de voir que les différents personnages, principaux comme secondaires, n’évoluent que peu durant les 10 épisodes qui composent cette première saison. Luci restera ainsi le vecteur de phrases noires et croustillantes, Elfo n’aura comme seul destin que d’être un ressort comique tandis que Bean ne gagnera jamais vraiment en profondeur malgré les lourdes épreuves qu’elle devra traverser.

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Bean se faisant sermonner par son père… une situation qui se reproduit à chaque épisode.
« Ho-ho. Si tu peux pleurer, tu peux travailler. »

Désenchantée ? Non, mais encore perfectible…

Habitué au format de 20-22 minutes, les fans du genre pourront également être dérouté par la durée des différents segments qui dépassent ici presque tous allègrement les 30 minutes. Un changement qui se veut en adéquation avec l’envie de proposer un grand récit complet, mais qui dessert le programme sur la longueur tant cette saison 1 a parfois tendance à s’étirer beaucoup trop.
Point qui ne surprendra personne en revanche, l’omniprésence de l’humour au sein de l’oeuvre. Parodies, références, vannes crétines, situations absurdes, absolument tout y est, mais d’une manière étonnamment maîtriser. Un choix compréhensible visant à ne pas gêner la narration et l’émotion qui s’en dégage à de nombreuses reprises.

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Tout au long de la série, les hommages à l’oeuvre de Matt Groening ne manquent pas.

Exigeante, amusante et ultra-référencée, Désenchantée ne plaira certainement pas à tout le monde. Pour autant, cette dernière possède toutes les cartes en main pour devenir l’un des futurs classiques de sa catégorie.
Comédie caustique, délicieusement cruelle et pourtant touchante dans son propos final, elle est une série animée au potentiel infini qui aura tout le temps nécessaire pour se peaufiner.

Découvrez la bande-annonce de Désenchantée, la nouvelle création de Matt Groening :

EN BREF : Dire que Désenchantée divise est un euphémisme. De par le monde, le show animé de Matt Groening ne semble avoir satisfait ni les critiques, ni les téléspectateurs.
Si elle n’est pas forcément à la hauteur de ses deux aînés, Désenchantée révèle pourtant bien vite son potentiel narratif tout en rendant ses protagonistes principaux particulièrement attachant et ce, malgré une animation qui manque parfois de soin. Audacieuse à maintes reprises, elle s’avère surtout pétrie de bonnes intentions qui, malheureusement, amène souvent à quelque maladresse scénaristique ou humoristique.

Rafraîchissante au sein du catalogue de Netflix, Désenchantée se présente au final comme un excellent divertissement estival qui se suit avec grand plaisir, mais qui mériterait assurément quelques ajustements supplémentaires au moment de l’arrivée de sa saison 2 qui, à la vue du grand final, est d’ores et déjà commandée.

DÉSENCHANTÉE EN CHIFFRES (ET EN LETTRES) :img_3218

  • Genre : Fantasy satirique
  • Créée par : Matt Groening
  • Sortie le : 17 août 2018
  • Disponible sur : Netflix
  • Avec les voix originales de : Abbi Jacobson (Bean), Nat Faxon (Elfo), Eric André (Luci), John DiMaggio (le roi Zøg), Tress MacNeille (la reine Oona)
  • 10 épisodes de 30 minutes environ
  • 1 saison
  • 1 trio infernal
  • Suivez l’actualité de Netflix France sur Facebook et Twitter.
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