L’Île aux chiens : Royal Canin ! 🐕

9 ans après le fabuleux Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson retisse des liens avec l’un de ses grands amours : l’animation en stop-motion. Dans ce 9ème long-métrage, le réalisateur texan donne la parole au meilleur ami de l’homme dans un Japon dystopique et rétro-futuriste souhaitant voir disparaître de sa surface nos plus fidèles compagnons à quatre pattes. En résulte l’un des long-métrages les plus engagés de ce printemps…

L’arrivée dans les salles d’un nouveau film de Wes Anderson, c’est toujours en soi un petit événement pour les cinéphiles du monde entier. En 22 ans d’activité, le réalisateur a su se créer une carrière et une image-modèle grâce à ses nombreux métrages aujourd’hui inscrits, pour la plupart, dans le panthéon du cinéma moderne. Atypique, souvent excentrique mais jamais en manque d’idées nouvelles, son œuvre fascine et perdure avec tout le charme et l’élégance qui lui sont propres. Beauté plastique et scénaristique sont ainsi au cœur même de sa filmographie depuis ses débuts, de Rushmore (1998) à La Vie aquatique (2004), en passant par Moonrise Kingdom (2012), The Grand Budapest Hotel (2014) et À bord du Darjeeling Limited (2007). L’Île aux chiens ne déroge pas à la règle et perpétue avec brio ses traditions…

Une épopée férocement grandiose

Se situant dans un futur bien plus proche qu’il n’y paraît, l’intrigue nous entraîne à Megasaki, une métropole fictive située au beau milieu de l’archipel japonnais. Tandis qu’une épidémie de grippe canine sévit à travers la ville, le maire, Mr. Kobayashi, prend une décision aussi drastique que contestable. Désormais, tous les chiens seront envoyés sur une île située au large du continent et servant de déchetterie à la population. Néanmoins, le jeune neveu du maire, Atari Kobayashi, âgé de seulement 12 ans, n’est que peu enclin à respecter ce nouveau décret. Il se lance alors à l’assaut de l’endroit, dans le but de pouvoir y retrouver son chien, Spots, tandis qu’un esprit de rébellion se fait sentir au sein de la jeunesse du pays.

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Bien abîmée par la vie, cette bande de mâle alpha n’hésitera pas à se mettre en danger pour aider Atari dans son périple.

Acclamée lors du dernier Festival de Berlin, où Wes Anderson y a reçu l’Ours d’Argent du Meilleur Réalisateur, L’Île aux chiens était l’une de mes plus grandes attentes cinématographiques de ce printemps 2018. Autant vous le dire tout de suite, je n’ai pas été déçu à la moindre seconde. En effet, le réalisateur propose, en 1h41, un film d’animation aussi drôle qu’émouvant, doté d’une maturité étincelante se doublant d’un message politique aussi fort que nécessaire.

Pour l’amour du visuel

Habituées aux visuels pastels à la symétrie parfaite, les créations du perfectionniste qu’est Wes Anderson n’en sont que plus reconnaissables au premier coup d’œil. S’amusant brillamment avec ses effets de style, L’Île aux chiens présente une esthétique léchée qui n’hésite pas à jouer avec les couleurs, les perspectives et les échelles de ses (nombreux) personnages et décors. La technique y est grandiose allant jusqu’à faire entrer l’art du stop-motion dans une nouvelle dimension.
En témoigne une scène aussi surprenante que réjouissante se concentrant dans le détail sur une préparation de sashimi qui aura des conséquences tristement néfastes sur les membres de l’opposition. Bluffant !

Le travail sur l’image ne s’arrête pourtant pas-là. Avec son imagerie dépaysante, L’Île aux chiens s’autorise même à proposer d’innombrables références avec un goût certain pour la culture japonaise. Outre les combats de sumos, chorégraphie de geishas et performance de théâtre traditionnel, il rassemble de nombreux hommages au cinéma nippon avec un goût certain pour celui, plutôt sombre, d’Akira Kurosawa. D’autres influences se font également sentir avec en point d’orgue celle du Studio Ghibli, passé maître, depuis plus de 30 ans, dans la création d’œuvres aussi tendre et poignante que poétique et troublante.

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Un air de révolution, notamment lancé par Tracy Walker (Greta Gerwig), une jeune étudiante américaine, gronde dans les rues de Megasaki !

Un casting vocal qui a du chien

Rien n’étant laissé au hasard dans les productions de Wes Anderson, le casting de L’Île aux chiens impressionne également. Si en version originale Bryan Cranston, Edward Norton, Scarlett Johansson, Jeff Goldblum, Frances McDormand ou encore Greta Gerwig (dont l’accent et le timbre vocal si particulier résonnent aussi en VF) répondent présents, la version francophone, que j’ai, personnellement, eu la possibilité de voir, n’est pas non plus en reste. On y entend entre autres les voix de Vincent Lindon, Romain Duris, Mathieu Amalric, Isabelle Huppert, Léa Seydoux, Louis Garrel et Yvan Attal. En tant que véritable admirateur de la culture française, le réalisateur minutieux a lui-même tenu à gérer le doublage, et ce, dans les deux langues.

Oracle et Jupiter font partie des personnages les plus savoureux du long-métrage.

À noter que peu importe la version, seuls les chiens et quelques humains ont les honneurs d’une traduction dans la langue sélectionnée par le spectateur. En effet, les nombreux protagonistes japonnais s’expriment tous dans leur langue maternelle en ne bénéficiant d’aucun sous-titre. Un choix aussi amusant que déroutant qui ne gêne cependant en rien la compréhension du film dans sa quasi-totalité.

Pour la participation musicale, le réalisateur a fait de nouveau appel au français Alexandre Desplat, récemment oscarisé pour son travail sur La Forme de l’Eau (de Guillermo Del Toro), avec lequel il avait déjà travaillé sur The Grand Budapest Hotel. Tout au long des 22 pistes qui composent la bande-originale, ce dernier s’amuse à mixer les influences. Rythmant le film en continu, le son des tambours traditionnels taiko se mêle à l’atmosphère feutrée des accords propres à l’univers fédérateur du désormais incontournable compositeur.

En bref : Délicieusement mordant et référencé, L’Île aux chiens opère un véritable sans-faute. Multipliant les détails à chaque nouvelle scène, le dernier long-métrage haut en couleur de Wes Anderson est une invitation à l’aventure et à la découverte de soi, des autres et du monde qui nous entoure. Plus politique, cru et maîtrisé que le Fantastic Mr. Fox de 2009, il permet au cinéma d’animation de se hisser encore un peu plus dans sa révolution, à la maturité brillante, opérée depuis de nombreuses années. Fable révolutionnaire d’un nouveau genre osant les sous-entendus autant que les déclarations frontales, L’Île aux chiens à tout pour séduire le plus grand nombre dans une société qui a aujourd’hui tant besoin d’œuvre de ce genre. L’un des plus grands films de 2018 ? Peut-être bien.

« L’Île aux Chiens » :

  • Réalisé par : Wes Anderson
  • Sur un scénario de : Wes Anderson
  • Avec les voix originales de : Bryan Cranston (Chief), Edward Norton (Rex), Bill Murray (Boss), Jeff Goldblum (Duke), Bob Balaban (King), Scarlett Johanson (Nutmeg), Koyu Rankin (Atari Kobayashi), Greta Gerwig (Tracy Walker)
  • Sortie le : 11 avril 2018
  • Durée : 1h41
  • Genre : Fable canine
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